Novembre. Brève rencontre.

Auteur convoqué : Thierry Hazard Le Jerk (tube de 1990!)
Techniques : Deux personnages découpés, la vie qu’on leur invente, la rencontre qu’on leur offre > une histoire d’amour dont le début, le déroulement et la fin, sont contenus dans un laps de temps très court.

nov ok 2.jpg

………………………………………………………………….

 

thierry.jpg

[Thierry Une brève histoire amoureuse …]

Les quatre heures de route depuis Nairobi touchent à leur fin. Depuis deux heures déjà le bitume a disparu et le pick-up absorbe les aléas de la piste. Un bâtiment isolé marque l’entrée Est du parc de Masaï Mara, Ingrid distingue un attroupement rouge qui patiente.  Le pick-up arrive et les bras se tendent, chacun brandissant breloques de fil de fer, de graines et de perles colorées. Les voix qui s’élèvent des bras, crient, interpellent. Tout le monde s’agite espérant récupérer quelques pièces laissées par les passagers en échange d’un bracelet ou d’un collier.

Elle l’aperçoit, droit, fier et muet au milieu du brouhaha. Son regard la déstabilise. Il ne la toise pas, non, mais quelque chose l’a fait frissonner. Elle n’est pas mal à l’aise, juste interpellée par l’intensité de son regard.

Nakuru la fixe. Après toutes ces années à camper près du parc, il a déjà vu de nombreux touristes, ces femmes d’ailleurs au physique énigmatique. Cependant, celle-ci a quelque chose de particulier qui l’emporte bien au-delà du bleu de ses yeux.

Le pick-up reprend sa route et franchi la barrière tenue par les gardes nationaux. Elle se retourne, l’attroupement s’éparpille. Il ne bouge pas, le regard fixé vers le nuage de poussière que le pick-up oublie derrière lui.

STOP ! crie-t-elle au chauffeur. Il s’exécute. L’anglais tenté de swahili du chauffeur lui intime de ne pas descendre. Au diable ses injonctions ! Elle a déjà celles de son Père, celles de l’associé principal du cabinet qui la drague si vulgairement, celles de son fiancé si gentil mais si fade. Elle pose le pied à terre, la poussière retrouve doucement sa place sur la piste.

Nakuru la voit émerger de ce halo jaunâtre, il lui sourit, elle lui répond. Tous deux s’approchent, lentement, prudemment. Le chauffeur s’énerve tout seul devant son volant, les gardes nationaux portent la main à la crosse de leurs armes. Les ignorant, Ingrid et Nakuru laissent leurs pas les rapprocher. Ils sont là, à un mètre l’un de l’autre, les regards fixes, le bleu si clair de ses yeux se reflètent dans l’ébène des siens. Ils sont sereins, semblent se connaître, se reconnaître.

Nakuru lui offre un « Jambo Memsaab ». Son français comme son anglais, son allemand ou son norvégien ne lui est d’aucun secours pour lui répondre, alors, elle sourit à nouveau. Il s’approche un peu plus, elle aussi. Leurs souffles se frôlent, il ouvre ses bras, elle s’y engouffre et pose sa blondeur au creux de son cou noir profond et chaud. Il referme ses bras et l’étreint.

Une seconde pour une éternité.  Le temps s’arrête. Qu’importe ! Tant mieux …

Le chauffeur descend, les gardes arrivent. L’étreinte s’ouvre et libère celle qui ne s’était jamais sentie aussi libre. Il glisse dans sa main un collier de perles et s’éloigne sans quitter son regard. Une larme apparait au bord du bleu, la joie et la tristesse d’un Amour disparu avant d’avoir commencé. Elle remonte dans le pick-up et disparait dans la poussière.

………………………………………………………………….

Enregistrer

Enregistrer

Publicités