Avril. Les locataires de la tour d’ivoire.

Auteurs convoqués : Eric Faye Je suis le gardien du phare – Et huit autres récits fantastiques.
Technique : un anti-héros, une énigme en forme de récit fantastique, à partir de l’incipit d’Eric Faye Les locataires de la tour d’ivoire…, qui devient le titre d’une mini-nouvelle.

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[ Les locataires de la tour d’ivoire (Thierry)

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District 9, carré 27, angle nord, 132ème étage, appartement 37, tour d’ivoire 4bis.

Sur la porte, vous trouverez une étiquette portant mon nom presqu’effacé.
La tour d’ivoire 4bis porte si mal son nom, elle qui n’offre que des réduits sombres et froids pour logis, simplement éclairés par des leds de 4ème génération qui me laissent dans un crépuscule permanent depuis mon arrivée le 32 décembre 2133. Les inventeurs de ces tristes leds « j’aimerais qu’on les traduise en justice pour sabotage de mon existence, qu’ils ont condamnée à la fadeur ».
Je ne me souviens que difficilement de ce qui précéda. Je me rappelle être à bord de l’Express Nucléaire, rentrant de Septentrion. « La très longue saison froide des régions traversées oblitérait les silhouettes en déposant sur les vitres une pellicule de givre » qui des années plus tard oblitère encore mes souvenirs.
Le brouillard du District 9 remplaça le givre des vitres, les hommes n’étant que silhouettes, je les confonds, « les fonds dans une masse protéiforme, sombre et mouvante« . « Il faut croire que quelque chose de plus tenace que le gel s’obstine à séparer les hommes.« 
Sur ce qui m’avait poussé vers Septentrion, sur ce qui m’avait la fuir pour retrouver la crasse immaculée des tours d’ivoire du District 9, rien ne me reste à l’exception de ces rêves glacés comme les vents du nord qui, « au milieu de la nuit me réveillent, fébrile et anxieux« . Je la revois, la distingue à peine, une silhouette, une silhouette encore, « une silhouette dangereusement masculine« . « Et la peur me revient« .
Les bruits de la tour qui s’immiscent au travers des cloisons de thermiculite me rappellent que je ne suis pas seul. Les solitudes parallèles des mes congénères locataires atténuent la mienne alors même que dans quelques heures, à 10h10, devant l’ascenseur 44, « j’observerais le monde avec une mine traduisant un accablement récurrent« .
J’aimerais tant remonter le temps, revenir avant Septentrion, avant l’Express Nucléaire, avant le District 9, revenir au temps où le Monde était en couleurs mais « je n’ai pas mon matériel à aquarelle, j’en suis malade« . Que ferait-on ici d’un tel nécessaire, les aquarelles ont-elles seulement existé ? Et les couleurs ? Quand tout cela a-t-il commencé ?
Personne ne le sait vraiment, surtout pas moi, Sacha Kissao, soldat réformé pour amnésie de la 38ème infanterie des terres australes de Septentrion.
(Avec quelques emprunts en italique à Eric Faye, et les influcences de Blade Runner et d’Enki Bilal)

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[ Les locataires de la tour d’ivoire (Isabelle)

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